Splendeurs et grosses loses de l'écriture

Tics d’écriture

On en a tous. Ils sont là, et tout ton lectorat les voit, sauf toi. Si on te le fait remarquer, tu nieras jusqu’à la mort. Tu prétends qu’il y a une explication parfaitement légitime à l’emploi compulsif de l’adjectif « marmoréen » (kikoo Stephanie Meyer). Tu es confit dans la mauvaise foi comme le kumquat dans son sirop.

Et pourtant.

Les tics d’écriture peuvent être adorables pour vos amis, et agréablement caractéristiques de votre style pour vos lecteurs. Mais ils peuvent également vous les hacher menu, notamment si vous vous reconnaissez dans le fantasme de l’auteur des brumes, polymorphe et insaisissable, et que vous vous sentez stupide lorsque l’on reconnaît votre écriture même à travers un sms censé être anonyme (j’en conçois, personnellement, une vive amertume).

Moi, j’ai fait mon deuil, je ne serai jamais une impératrice du mystère, et pas seulement parce que je ressemble davantage à un écureuil sous coke qu’à Severus Rogue. Par contre, je fais de gros efforts pour être capable de sortir de ma zone de confort, afin d’avancer sur la pente savoneuse de l’écriture. Autrement dit, gnothi seauton éxétéra, je repère mes petites manies, résiste à l’envie de mâchouiller toute ma vie les mêmes croquettes, et m’interdis de les employer sur une page. Ou deux, ou trente. Je trouve d’autres tics, ne t’en fais pas : l’esprit humain est une petite créature routinière (et ça ne veut pas dire que vous n’écrirez plus jamais « marmoréen »). Mais c’est en se bousculant qu’on fait un pas de côté, et qu’on change de perspective ! Et surtout, ne vaut-il pas mieux connaître ses manies et apprendre à les exploiter, plutôt que de les laisser négligemment traîner ? Nom d’une buse.

J’essaie, avec un succès inégal, d’appliquer mes sains conseils aux tics que voilà :

  • Les point-virgules. Je surkiffe les point-virgules, je les trouve élégants, fluides, structurants, autoritaires. Je suis la seule.
  • Les phrases à rallonge. Interminables, selon les laconiques Texans que j’ai fréquentés pendant un semestre.
  • L’hypallage. C’est plus fort que moi, je n’y fais même pas gaffe. C’est à double tranchant : soit ça transfigure un texte, soit c’est gênant. Je veux bien renoncer aux groupes verbaux, mais pas à l’hypallage.

Est-ce que vous êtes un maniaque assumé ? Avez-vous un recours coupable au passé antérieur, ou casez-vous des « guère » six fois par paragraphe ? Parlez-vous à vos personnages dans votre tête ?

Crédit image : Leonik Pasternak, The passion of creation

5 commentaires sur “Tics d’écriture

  1. Houlala, je viens de lire votre article sur les tics d’écriture et je suis au bord de la crise d’angoisse, je me sens pris de panique ! Et si moi aussi, j’avais des tic obsessionnels compulsifs de langage sans le savoir ? Houlala, moi qui me croyais plus ou moins autonome, ça me fait peur de me dire que des lecteurs pourraient déceler des facettes de ma personnalité cachées, en étudiant mes tics d’écriture !
    S’il vous plait, madame, ça vous dérangerait de venir vérifier sur mon blog, si en décomposant mes processus d’écriture, on arrive à identifier des symptômes, genre : monomanie de la rime riche, répétitions mal à propos, etc !

    D’avance, merci.

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